© conçu par Laurent Naze (NazeGrames) .2016
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Elle   est   née   à   Cayenne   en   1960.   Son   parcours   jalonné   de   ruptures   et de   chocs   sur   le   chemin   triangulaire Antilles-Guyane-France   lui   inspire un    premier    roman    à    résonance    autobiographique,    Rue    Lallouette prolongée, paru aux Editions L'Harmattan (juin 2006). En   2010,   elle   écrit   La   Crique   paru   chez   le   même   éditeur,   un   roman sur   l'interculturalité   et   l'exclusion   qui   nous   immerge   dans   un   quartier emblématique de Cayenne. Elle   est   également   co-auteure   de   l'anthologie   de   Nouvelles   Brèves de savane publiée chez Ibis Rouge en 2011. Littéraire     de     formation,     elle     enseigne     actuellement     en     milieu spécialisé   auprès   d'élèves   porteurs   de   handicap   tout   en   poursuivant son     engagement     littéraire,     dont     l'enfance,     ses     ruptures,     ses interrogations dessinent la trame inexorable. www.editions-harmattan sylviane vayaboury www.tv5.org sylviane vayaboury www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/vayaboury.html www.promolivresguyane.blogspot.com
Sylviane Vayaboury Auteure
Extrait Le quartier déshérité avait montré l'ampleur de ses ambitions. Il n'avait pu se contenter de ce canal Laussat lui bouchant la vue sur l'autre rive plus cossue, plus droite, arrogante avec encore ses superbes maisons créoles dont les fastes rappelaient les époques de gloire aurifère. Il lui avait fallu se poser sur un autre traversin naturel, tout aussi humide, à l'abri des moucou moucous, le canal Leblond rive maternante où il pouvait se déployer, contempler à visage découvert, la rivière de Cayenne qui gardait encore enfouis en son sein, dans le soutien- gorge naturel des rhizophoras rouges, le bac échoué du débarcadère du Larivot et des bateaux crevettiers. Sur l'autre sein, il avait pu se lover, dans une ultime tentative de captage des derniers watts, vestiges électrocutés de l'ancienne usine électrique de la digue de Ronjon. Le quartier déshérité avait d'abord abrité ses populations autochtones, communautés populaires créolophones, anglophones, lé san anyien, gueules cassées routards échoués. Ses neg rot bò krik, djoubeurs, machann poson  pêcheurs de la côte. Puis avait étalé avec insolence, défiance, force provocation son nouvel échantillon, patchwork de populations portées  par les vents du marasme économique, des laissés-pour-compte d' Haïti, de la République Dominicaine, du Guyana et de son imposant voisin brésilien. Dans un premier élan, il les avait accueillies en son sein asile loin de leurs régions agitées. Elles étaient ainsi venus s'allaiter goulûment jusqu'à un âge avancé où la mère quartier les jugeant  autonomes, mâtures, prêtes à voler de leurs propres ailes les avait brassées, shakées, recyclées dans ses rues. La crique, L'Harmattan, collection Lettres des Caraïbes